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Essai sur l'évaluation défensive à l'atout
 

Introduction

Des progrès considérables ont été accomplis depuis les origines du bridge contrat .             

En effet, l'évaluation offensive, tant à l'atout qu'au SA, bénéficient depuis longtemps de méthodes éprouvées et efficaces, permettant à un camp déclarant de déterminer avec une précision très satisfaisante la nature et le niveau du contrat optimal à souscrire .

A cet égard, les mains associées disposent d'un compte de points ( H, L, D, S ) et de divers systèmes d'enchères de base très élaborés ( naturels ou pas ), assortis de conventions particulières, grâce auxquels elles se communiquent leur valeurs propres respectives et sont en mesure de déterminer au final  la force combinée de leur camp .

Ces outils méthodologiques montrent notamment leur efficacité optimale pour le camp de l'ouverture, lorsque le camp opposé ( dit de la défense ) reste muet faute de forces suffisantes pour intervenir. Mais ils ne sont pas moins efficaces lorsque le camp de la défense a les moyens d'intervenir et   d'instaurer un contre-dialogue, qui pourra dans bien des cas permettre à ce camp de la défense de devenir déclarant .

Dans cette dernière hypothèse, ces mêmes outils seront d'une efficacité égale lorsque les forces du camp intervenant seront très supérieures à celles du camp de l'ouverture, mais ils ne seront pas pour autant inefficaces, lorsque les forces des deux camps seront à peu prés équilibrées . Dans ce cas en effet, les découvertes publiées en 1966 par Vernes concernant le domaine des surenchères compétitives, constituent sans aucun doute les derniers progrès significatifs les plus importants, dont le bridge contrat peut se prévaloir .

C'est dire que depuis 35 ans maintenant, le bridge semble être parvenu au terme de son évolution en matière d'évaluation, le champ des recherches s'étant rétrécis au domaine de quelques améliorations qui semblent encore possibles en matière de système d'enchères ou de conventions particulières .

En revanche il y a un domaine très difficile mais capital, qui reste pratiquement rebelle à tout progrès significatif depuis les origines :

C'est celui de l'évaluation défensive à l'atout adverse .

Là, point de méthode fiable et éprouvée comme pour l'évaluation offensive, mais une simple et vague liste de conseils généraux dictés par la logique le bon sens, et qui étaient déjà prodigués par les Experts à la fin des années Culbertson, c'est à dire il y a maintenant plus de 60 ans en arrière . Or, une simple liste de conseils ne saurait équivaloir, loin s'en faut, à ce qui s'appelle une méthode digne de ce nom, et cela d'autant moins qu'elle ne prévoit aucun barème particulier de points spéciaux précis et fiables .

Quels étaient et quels demeurent ces principaux conseils généraux ?

- Ne contrez jamais punitif sans détenir dans votre mains des levées de défense sûres dans la couleur d'atout adverse .

- Dans les 3 autres couleurs ne prenez en compte que vos honneurs rapides et dévalorisez vos honneurs lents .

- Méfiez vous de vos valeurs rapides localisées dans une couleur que vous savez longue dans votre camp : elles sont aléatoires et une part d'entre elles, parfois toutes, risquent d'être annihilées par une coupe précoce de l'une des mains du camp déclarant .

- Méfiez vous également de votre force de coupe potentielle : le plus souvent vous ne parviendrez pas à la promouvoir, car le déclarant ne vous en laissera pas le temps en purgeant la couleur d'atout dont il a en général une maîtrise suffisante, sans compter les cas où cette force de coupe fait double emploi avec une levée d'honneur médiate que votre partenaire eût encaissée de toute manière à la couleur que vous espérez couper .

Bref, cela se résume à la formule " ne contrez qu'à coup sûr " ce qui correspond aux seuls cas où l'un des joueurs de la défense concentre visiblement dans sa main la quasi totalité des valeurs fiables assurant la chute du contrat .

Est-il besoin de dire que ces cas particuliers sont archi minoritaires, et qu'en réalité, les forces défensives sont 9 fois sur 10 plus ou moins réparties entre les deux mains du camp de la défense, et donc invisibles dans leur globalité à l'examen d'une seule main ?

Dés lors dans ces cas là très majoritaires, le contre de pénalité est très risqué et devient un pari hautement aléatoire , dont les chances de succès sont souvent inférieures aux chances d'échec, vu qu'en général, le degré de fiabilité de l'évaluation offensive est élevé .

On peut donc affirmer, que dans l'état embryonnaire où demeure l'évaluation défensive à l'atout, le nombre des contres de pénalités justifiés , qui pourraient et devraient être prononcés dans les diverses compétitions de bridge, est très supérieur à celui que l'on peut constater statistiquement . Il serait probablement deux à trois fois supérieur, si les outils d'évaluation défensive à la disposition des joueurs avaient un degré de fiabilité comparable à celui de l'évaluation offensive .

Un constat similaire peut être fait concernant les nombreux contrats de défense rentables  que l'on ne prononce pas, faute de savoir de manière plus fiable si le déclarant va ou non gagner son contrat .

Cela dit, on ne doit pas s'étonner de cette situation, qui résulte évidemment de la finalité profonde des systèmes d'enchères depuis les origines . Quels qu'ils soient en effet, ces systèmes ont été conçu dans une optique purement déclarante, c'est à dire visant à définir la nature et le niveau du contrat que l'on peut et doit déclarer , mais en aucun cas ils n'ont été conçus dans une optique purement défensive visant à définir le niveau du contrat adverse à partir duquel une défense ou un contre de pénalité rentable serait légitime .

Cette finalité déclarante est d'ailleurs conforme à l'esprit premier du bridge contrat, qui, comme son nom l'indique, consiste avant tout à définir un contrat, à le demander et à le réaliser .

Or dans toutes les donnes où les deux camps opposés se sont exprimés jusqu'à un niveau d'enchère, qui semble-t-il ne sera pas dépassé, chacun des joueurs du camp qui se trouve en situation défensive va être confrontés à ce triptyque d'interrogation :

Faut-t-il  passer, contrer punitif, ou bien surenchérir ?

Pour prendre à cet égard une décision rationnelle, il faudrait absolument que le camp en cause puisse estimer sa valeur défensive à l'atout du camp adverse d'une manière fiable, car en effet, c'est dans tous les cas le paramètre essentiel , qui seul devrait permettre de calculer et définir son intérêt .

Mais hélas, les enchères de bridge n'ont pas de marche arrière et leur règlement ne permet pas de demander aux adversaires la permission de recommencer la séquence comme au cinéma, mais cette fois ci dans une optique purement défensive .

***

L'objet du présent essai :

Il est à la fois ambitieux et modeste .

Ambitieux, en ce sens qu'il développe une méthode nouvelle et inédite d'estimation de la valeur de base défensive à l'atout, assortie des principaux correctifs à lui apporter en fonction des informations découlant des enchères prononcées .

Modeste, en ce sens que la nouvelle méthode préconisée ne peut donner des résultats fiables qu'en fonction des enchères prononcées de part et d'autre et de leur lisibilité, dans la mesure où elles permettront des déductions et des présomptions suffisamment fiables quant à la distribution de la donne .

Néanmoins, nous sommes convaincus que notre méthode originale d'évaluation défensive apporte des améliorations objectives indéniables en la matière, compte tenu du nombre élevé de donnes où nous l'avons testée avec succès, et dont nous présenterons dans la Section 6 de cet Essai quelques unes très significatives d'entre elles .

Le présent essai transcrit sur notre site de bridge les résultats de recherches personnelles menées par votre serviteur en 1989, dont il avait résumé l'essentiel dans un manuscrit achevé le 31 Janvier 1990, mais qu'à l'époque, il  renonça à publier à compte d'auteur, faute de moyens financiers suffisants .

Par ailleurs, et cela ne surprendra aucun de ceux qui ont tenté l'aventure de la publication d'une œuvre au lectorat limité, il ne trouva aucune maison d'édition disposée à publier son essai, y compris et à fortiori parmi les éditeurs plus ou moins spécialisés dans les livres de bridge, qui sont toutes liées à des Experts ou Auteurs de grande notoriété, et de ce fait totalement verrouillées à leur profit .

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